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Les technologies de l’information et de la communication au service de la "glocalisation"


Atlasocio.com | Publié le 03/09/2015
Par Guilhèm Moreau

 

© Asian Development Bank | Flickr
Un résident à Rangoun passe un appel sur son smartphone, le 10 mars 2015.
Avec l'ouverture récente de son économie au reste du monde, le Myanmar (Birmanie) a connu un afflux de produits de télécommunications modernes et abordables.


GUILHÈM MOREAU est diplômé en sociologie de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, et diplômé en sciences de l'Éducation de l'université Sorbonne Paris Cité. Il a été éducateur spécialisé et coordinateur socioculturel avant de fonder le site Atlasocio.com

Avec le développement mondial des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), de nouveaux mots apparaissent. C'est le cas notamment du terme de «glocalisation».

De l'agriculture japonaise à la sociologie anglo-saxonne

À l'origine, le sens du terme "glocalisation" provient du mot japonais Dochakuka [1], un concept agricole qui se réfère aux techniques pour cultiver la terre tout en s'adaptant aux conditions locales. Il a ensuite été employé par les hommes d'affaires japonais dans leurs stratégies de marketing durant les années 1980.

En sciences humaines, le terme de glocalisation a été introduit à la fin des années 1980 par le sociologue Roland Robertson dans un article de la Harvard Business Review [2]. Pour ce dernier, il s’agirait d’un processus permettant de prendre en compte le phénomène de globalisation tout en tenant compte de la réalité socioculturelle locale. Autrement dit, ce phénomène serait une sorte de «globalisation qui se donne des limites, qui doit s’adapter aux réalités locales, plutôt que de les ignorer ou les écraser» [3].

Pourquoi employer le terme de «glocalisation»?

Ce terme est apparu car la globalisation pose en effet plusieurs problèmes:

▶ L’un d’entre eux concerne la place des cultures minoritaires. Selon Naila Amrous, les TIC peuvent servir de nouveaux moyens d’expression, car «ce n'est pas le système technique lui-même qui fait du réseau un lieu de vie, mais ceux qui créent et produisent des contenus» [4].
S'organise alors sur Internet une véritable résistance de cultures, paradoxalement opprimées pour leur soi-disant inutilité en termes de débouchés commerciaux dits "modernes". Ainsi, Almir Surui, un chef indien luttant contre la déforestation de l'Amazonie brésilienne, utilise les technologies les plus modernes pour y parvenir : partenariat avec Google Earth et commercialisation des crédits carbone (Cf. son ouvrage Sauver la planète, le message d'un chef indien d'Amazonie, éditions Albin Michel). Et, pour prendre l'exemple de la France, la multiplication ces dernières années des sites en langues minoritaires (alsacien, basque, breton, catalan, corse, occitan, etc.) ne fait que confirmer cette tendance.

▶ Un autre concerne l’économie des pays. Là encore, les TIC, selon l’Unesco, peuvent être déployées afin de développer les capacités d’adaptation des populations et notamment par la formation [5].

▶ Un autre encore, plus complexe, concerne la diversité des idées. Certains chercheurs constateraient en effet que «paradoxalement, la globalisation de l’information accentue la dynamique de glocalisation», permettant «à des idées qui n’auraient autrement jamais été reprises par les médias institutionnalisés de s’immiscer, plus ou moins durablement, dans l’espace public» [6]. C'est le cas des fameuses théories du complot, très présentes sur Internet et encore bien mal définies par les sciences humaines [7].


© Atlasocio.com
 Carte des utilisateurs d'Internet (%) en 2014.

Par ailleurs, une étude menée conjointement par l’Université de Pennsylvanie et le Centre de recherche Pew Internet démontre que les réseaux sociaux participent activement au processus de glocalisation :
«Email, social networking services, and instant messaging promote “glocalization” – that is, they are used as frequently to maintain nearby core social ties as they are used to maintain ties at a distance» [8], soit en français «Les courriers électroniques, les réseaux sociaux et les messageries instantanées promeuvent la "glocalisation" - autrement dit, ils sont autant utilisés pour maintenir des relations de proximité [locales], que des relations à distance [globales]».


Notes et références

  1. [1] Habibul Haque Khondker, "Glocalization as Globalization: Evolution of a Sociological Concept", Bangladesh e-Journal of Sociology, Vol. 1, N°2, July 2004.
  2. [2] Chanchal Kumar, "Emerging Dimensions of Decentralisation Debate in the Age of Globalisation", Indian Journal of Federal Studies, n°19, p.47-65, 2009.
  3. [3] Wiki de l'université Paris Descartes, terme "Glocalisation". URL, consulté le 20/04/2013.
  4. [4] Naila Amrous, "Internet, chance ou menace pour la diversité culturelle et linguistique ?", Revue électronique des sciences humaines et sociales, 2006.
  5. [5] UNESCO, "La conférence internationale sur les TIC dans l’éducation donne la parole au grand public", le 19/05/2010. URL, consulté le 01/09/2015.
  6. [6] Sous la direction de M. Filion et C. Beauregard, "Actes du colloque: Les communications à l’ère du village global", Université du Québec en Outaouais, Série Conférence, n°14, 2006, p.31 et p.37
  7. [7] En effet, le terme "conspirationnisme" est indifféremment employé pour définir des "complots réels" qui s'appuient sur des enquêtes journalistiques, policières ou historiques, et des "complots fictifs" qui renvoient à des représentations croyantes, des rumeurs, des récits etc. C'est également une technique argumentative qui vise ces dernières années à discréditer les mouvements écologistes, altermondialistes ou simples citoyens "lanceurs d'alerte" (Cf. Scandale de l'amiante).
  8. [8] Keith N. Hampton et al., Social Isolation and New Technology, University of Pennsylvania & Pew Internet Project, 2009, p.8

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