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Les navigateurs internet les plus utilisés à travers le monde


Atlasocio.com | Publié le 10/02/2017 • Mis à jour le 13/02/2017

 

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En janvier 2017, les plus navigateurs web les plus utilisés sont: Google Chrome, Safari, Internet Explorer/Edge, Mozilla Firefox, Opera et UC Browser.

Conçus afin d'afficher le World Wide Web – la Toile – les navigateurs internet existent pour toutes sortes de matériels (ordinateurs, tablettes tactiles, téléphones mobiles) et systèmes d’exploitation (Android, Linux, Mac OS, iOS, Windows). En termes d’utilisation, tous sont loin d’être égaux. Historique de l'évolution des rapports de force des principaux navigateurs internet de 1993 à aujourd’hui, visualisable en cartes, tableaux et graphiques.

Années 1990: Guerre des navigateurs et victoire d'Internet Explorer

En 1993, le tout premier leader du marché se nomme NCSA Mosaic, entièrement gratuit et développé par le National Center for Supercomputing Applications. Il se fait supplanté dès l’année suivante par Netscape Navigator – ancêtre du navigateur Mozilla Firefox – développé par Netscape Communications Corporation qui atteint 90% du marché mondial en 1994.

▶ Consulter: Cartes des utilisateurs d'Internet (%)

L’arrivée d'Internet Explorer de Microsoft sur le marché des navigateurs web au milieu des années 1990 déclenche la «Guerre des navigateurs». En l’espace de quatre ans, Microsoft sort vainqueur et atteint un pic d’utilisation de 96% pour son produit Internet Explorer en 1998. La petite entreprise qu’était Netscape s'est trouvée impuissante face au quasi-monopole que Microsoft détenait sur le marché des systèmes d'exploitation: IE était systématiquement inclus dans chaque version de Windows.


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 Part du marché mondial d'Internet Explorer, période 1995-2014.

En 1998, ce procédé marketing jugé déloyal convainc le ministère de la Justice des États-Unis à engager des poursuites pour violation de la loi antitrust. La société Microsoft est condamnée en 2002 d'avoir usé de pratiques agressives et anticoncurrentielles pour maintenir son monopole sur le marché des systèmes d'exploitation. Mais, au final, la justice américaine se contente du minimum: «Microsoft doit dévoiler le code de certaines API et de certains protocoles, intégrer à XP une fonction qui permet aux constructeurs de PC - et aux consommateurs - de cacher l'accès à IE, Windows Media Player, Messenger, Outlook Express et la Java Virtual Machine»[1].

Année 2008: Le challenger Firefox


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2008.

En 2008, la domination d’IE est incontestable avec 67,27% du marché mondial. Microsoft se repose alors sur ses lauriers, et aucune innovation du logiciel n'est apportée entre l'année 2001 (IE version 6.0) et l'année 2006 (IE version 7).

L'obsolescence d'IE commence à excéder les développeurs web, et de nouveaux navigateurs alternatifs modernes, respectueux des standards du Web et sécurisés font leur apparition dans les statistiques de mesure d'audience. Mais, le seul concurrent notable est alors Firefox, un navigateur web libre et gratuit développé/distribué par Mozilla Foundation depuis début 2002. Ce navigateur fait une percée remarquée en Allemagne (pays le plus peuplé de l’Union européenne) et, plus généralement en Europe centrale. Mais c’est surtout avec le marché indonésien, d’un potentiel de plus de 200 millions d’habitants, que Firefox gagne des points pour l’avenir.

Année 2009: IE pénalisé par des difficultés techniques


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2009.

Très critiqué en ce qui concerne le respect des normes HTML, XHTML et CSS, Microsoft finalise en mars 2009 la sortie d’Internet Explorer 8 et présente dès novembre 2009 la première version d'Internet Explorer 9, tentant de rehausser sa réputation. Cette nouvelle version d’IE évite aux développeurs de sites internet d’être contraints de contourner les erreurs d’interprétations du navigateur. IE espère ainsi conserver son avance, toujours confortable avec 55,01% de part de marché.

Firefox confirme quant à lui sa percée en Europe centrale et gagne même en Asie deux nouveaux marchés aux potentiels démographiques colossaux: le Bangladesh et les Philippines. Jamais Firefox n'atteindra une part du marché mondial aussi importante avec 31,56%.

L’année 2009 est aussi marquée par le succès du navigateur internet Opera au sein des pays de l'ex-URSS: Russie, Biélorussie, Ukraine, Géorgie et Turkménistan. Développé depuis 1994 par la société norvégienne Opera Software, Opera ne représente cependant que 2,37% du marché mondial en 2009.

Année 2010: Firefox dépasse 2 milliards de téléchargements


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2010.

En janvier 2010, les gouvernements allemand et français déconseillent l’usage d’IE et ce, toutes versions confondues, recommandant de migrer vers des navigateurs web alternatifs le temps que les importantes failles de sécurité soient corrigées. Cela n’est pas sans conséquence pour la réputation d’IE qui passe symboliquement sous la barre des 50% des parts de marché, tous instituts et/ou logiciels de mesure confondus.

De son côté Opera accuse également le coup avec la perte du marché russe au profit de Firefox qui franchie la barre des 2 milliards de téléchargements en juillet 2010[2], puis devient en décembre 2010 le navigateur le plus utilisé en Europe devant Internet Explorer et Google Chrome[3]. En outre, Firefox confirme sa progression en Afrique (Cameroun, Madagascar, Ouganda, Sénégal, Tanzanie et surtout Nigeria), mais aussi en Amérique du Nord (Cuba et Nicaragua) et en Amérique du Sud (Paraguay).

Année 2011: L'impressionnante percée de Google Chrome


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2011.

En 2011, Internet Explorer demeure en tête des navigateurs internet, encore solidement implanté en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord (États-Unis, Canada, Mexique). Cependant, il n’a jamais été autant en difficulté, désormais talonné par Chrome qui gagne 11% de part de marché en à peine un an.

Développé par Google et fonctionnant sous Windows, Mac, Linux, Android et iOS, Chrome entend profiter de l'essoufflement d'IE pour percer sur le marché des navigateurs internet, notamment par une rapidité inégalable et une innovation constante. En effet, année après année, la complexification du contenu des pages web ainsi que la rapide évolution du matériel informatique poussent Google à adopter un rythme soutenu en termes de développement: alors qu’Internet Explorer met cinq ans à proposer une suite à la version 6 d’IE et que la concurrence publie en moyenne une mise à jour par an, Chrome – dont la première version stable est dévoilée le 11 décembre 2008 – décide de publier une nouvelle version chaque mois. Pour ce faire, les développeurs de Chrome procèdent à une mise à jour automatique, sans aucune intervention humaine[4]. L’utilisateur n’a donc pas besoin de télécharger à chaque fois une nouvelle version, renforçant ainsi la sécurité du navigateur.

A peine trois ans après sa lancée, Chrome passe de 1,25% de part du marché mondial en 2008 à 25,08% en 2011. Et, si seuls deux pays (Tunisie et Albanie) avaient Chrome comme navigateur majoritaire en 2010, ils sont désormais plus d'une dizaine en 2011: Inde, Pakistan, Brésil, Philippines, Argentine, Colombie, Venezuela, Chili, Malaisie, pour ne citer que les plus importants.

Année 2012: Fin de la domination d'Internet Explorer


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2012.

L'année 2012 est historique à plus d'un titre. Après plus d’une décennie de domination, Internet Explorer cède la première place à Google Chrome qui enregistre la plus forte progression et devient, selon l'institut StatCounter, le navigateur le plus utilisé dans le monde avec 31,42% des utilisateurs en juin 2012.

Mais c'est également l’année où le partage du marché mondial des navigateurs internet est le plus équilibré. Firefox devient le navigateur préféré en Afrique, en Iran et en France. Internet Explorer parvient toutefois à conserver les trois plus importants marchés mondiaux en termes d'utilisateurs: les États-Unis, le Japon et la Chine.

Année 2013: Le succès d'Opera ou l'essor de la navigation Web mobile en Afrique


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2013.

Chrome devient largement numéro un et ce, tous continents confondus, à l’exception de l’Afrique qui lui préfère Opera. Le succès de ce navigateur s'explique par le fait qu'en Afrique, le téléphone portable demeure le moyen d’accès privilégié au Web: le nombre d’abonnés mobiles atteignait déjà un taux de pénétration de 65% en 2012. Autre précision, 25 des 54 pays africains (dont Nigeria, Afrique du Sud, Algérie, Maroc et Tunisie) comptabilisent 91% des connexions mobiles. Ainsi, 84 millions de téléphones portables en Afrique peuvent accéder à Internet et, dans certains pays, la navigation mobile représente plus ou moins la moitié des accès à Internet: Zimbabwe (58,06%), Nigeria (57,89 %), Soudan (45,32%) et Zambie (44,24%).

L’explosion de l'accès à Internet via les mobiles en Afrique est majoritairement dû à la mauvaise qualité voire la quasi inexistence d’un réseau fixe haut débit, bien qu'une amélioration notable de la bande passante est à souligner depuis la multiplication des câbles sous-marins entre l’Afrique et l’Europe. De plus, le prix d'un mobile demeure plus abordable que celui d’un ordinateur. Et, l'avantage d'un navigateur Internet comme Opera est qu'il peut être supporté sur des téléphones portables de base: en 2012, 200 millions de personnes en Afrique utilisaient les navigateurs Web pour périphériques mobiles Opera Mini et Opera Mobile. S'adressant aux connexions réseaux plus lentes, Opera Mini regroupe logiquement 92% du total, soit 183 millions d'utilisateurs[5].

Année 2014: Les tablettes et Safari d'Apple


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2014.

En 2014, Chrome confirme sa place de leader à l'échelle mondiale avec 40,93% de part de marché, loin devant Internet Explorer avec 15,21% (encore majoritaire au Japon et en Corée du Sud). Victime du nouveau paysage des navigateurs Web et notamment l'émergence des tablettes, Firefox est désormais clairement en perte de vitesse avec l'Allemagne comme dernier grand marché.

Les habitudes des utilisateurs pour naviguer sur Internet évoluent au fil du temps et, pour ce qui est du cas des pays les plus développés, les internautes délaissent petit à petit leurs ordinateurs au profit de leurs smartphones et tablettes pour consulter les sites en ligne. Ainsi, porté par le succès des terminaux iOS, le navigateur d'Apple nommé Safari poursuit sa croissance, expliquant son apparition comme navigateur internet majoritaire au Groenland et au Danemark.

Outre les ventes colossales d'iPad et d'iPhone à travers le monde, une autre explication, plus contraignante, peut expliquer la bonne position de Safari sur le marché des navigateurs internet. En effet, les ordinateurs d'Apple sont livrés jusqu'en 1997 avec Netscape et Cyberdog comme navigateurs par défaut, avant d'opter finalement pour Internet Explorer. Cependant, l'annonce par Microsoft de son intention de mettre fin au développement d’IE pour Mac dès le 13 juin 2003, pousse Apple à anticiper la création d'un logiciel en interne baptisé Safari, et dont la première version est disponible gratuitement le 7 janvier 2003. C'est la raison pour laquelle Steve Jobs, cofondateur et directeur général d'Apple Inc, avait initialement suggéré le nom de Freedom («Liberté») pour ce nouveau logiciel qui permettait de se «libérer» du navigateur web de Microsoft[6].

Année 2015: Chrome en constante progression


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2015.

Pour l'année 2015, Chrome s’impose toujours plus, passant de 35,82% de part du marché mondial en 2013 à 47,14% en 2015. Au cours de la même période Firefox continue à perdre du terrain, tandis qu’Internet Explorer n'a plus que la Corée du Sud comme marché majoritaire. De ce fait, Microsoft annonce au cours de l’année 2015 l'arrêt de son support pour IE en raison d'une baisse constante de son utilisation depuis la version 6. Aussi, la version 11 d'IE sera peu à peu remplacée par Microsoft Edge[7], le nouveau navigateur web de Microsoft.

Année 2016: L'ambitieux UC Browser


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 Carte des navigateurs internet les plus utilisés par État en décembre 2016.

En fin d’année 2016, Chrome détient plus de 50% du marché mondial, devançant Safari (14,02%) et un nouveau venu dans le trio de tête: UC Browser avec 8,61%.

Développé par la société chinoise UCWeb (rachetée en 2014 par le site de e-commerce chinois Alibaba), le navigateur UC Browser est depuis sa lancée en avril 2004 disponible sur mobile (Android, iOS, Windows Phone, Symbian, Java ME, et BlackBerry), avant de l'être également sur PC en 2015. Sa force marketing réside principalement sur une compatibilité maximale avec l’environnement Microsoft puisqu’il s’adresse aux systèmes sous Windows allant de XP à Windows 10. De plus, UC Browser, en s’appuyant sur Chromium, possède des performances relativement proches de celles de Google Chrome, dont il prend également en charge les extensions. Majoritaire dans le sous-continent indien (Inde, Pakistan, Bangladesh) et affichant une forte croissance dans les marchés émergents régionaux, UC Browser dépasse les 500 millions d'utilisateurs à travers le monde dès mars 2014[8].

Année 2017: Vers un marché de la protection des données?

Les interfaces, l’organisation des marques-pages, mais aussi tout simplement les aspects les plus techniques propres à une navigation internet font qu’aujourd’hui chaque navigateur web est différent et possède un public bien précis. Reste à savoir si Chrome parviendra à conserver sa première place, comme on avait pu le croire pour Internet Explorer il y a de cela une décennie.

Navigateurs Web les plus utilisés dans le monde
(Janvier 2017 – toutes plates-formes confondues)


Rang

Navigateur internet
Logiciels de mesure
Moyenne (% marché mondial)
StatCounter Net Marketshare W3Counter Akamai
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Chrome (Google) 51,8% 56,3% 58,4% 37,7% 51,0%
Safari (Apple) 14,5% 12,4% 13,3% 32,0% 18,1%
IE/Edge (Microsoft) 6,9% 17,8% 8,1% 10,9% 10,9%
Firefox (Mozilla) 6,8% 8,3% 9,5% 5,7% 7,6%
Opera (Opera Software) 3,9% 2,4% 4,4% 0% 2,7%
UC Browser (UCWeb) 8,2% 0% 2,7% 0% 2,7%
Android (Google) 3,0% 2,0% 0% 4,1% 2,3%
Autres 4,9% 0,7% 3,7% 9,6% 4,7%

Et, alors que Google détient 51% du marché mondial, ses concurrents potentiels entendent bien surfer sur un nouveau marché prometteur et susceptible d’attirer de nombreux utilisateurs, celui de la protection de la vie privée. Le 28 janvier est d'ailleurs la journée mondiale de la protection des données, une date symbolique que Firefox a décidé d’investir pour annoncer la sortie de Firefox Focus, un nouveau navigateur disponible sur iOS dans 27 langues et spécialement dédié à la préservation de la vie privée sur internet. En France, l’entreprise AdaptiveBee propose UR Browser avec pour objectif de proposer un navigateur «100% français, rapide, sécurisé et personnalisable». S’appuyant sur le code open source de Google qui permet notamment d’importer tous les cookies de Chrome, UR Browser ne transmet en revanche aucune donnée personnelle.

Enfin, concernant le marché européen du search, la Caisse des Dépôts a décidé de miser sur le moteur de recherche français Qwant en y injectant 15 millions d’euros le 2 février 2017[9]. Et, face à un GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) ultra dominant et vivant du mining des data, Qwant – dont les serveurs sont tous localisés en France – n’utilise aucun cookies et ne conserve aucune trace numérique (numéro d'IP des internautes). Une garantie de protection cependant insuffisante puisque lorsqu'un internaute clique sur un lien, il quitte alors le moteur de recherche pour arriver sur un site qui, la plupart du temps, installe les fameux cookies sur l'ordinateur/mobile du visiteur. De plus, il faudra massivement investir en marketing pour espérer détrôner un Google omniprésent et qui semble toujours avoir un train d'avance en termes d'innovation.


Notes et références

  1. [1] «Procès antitrust: la justice épargne Microsoft», journaldunet.com, le 05/11/2002.
  2. [2] «Mozilla: Firefox Users Have Downloaded Two Billion Add-ons», wired.com, le 02/07/2010. URL, consulté le 09/02/2017.
  3. [3] «Europe: Firefox détrône Internet Explorer», Le Figaro, le 04/01/2011.
  4. [4] David Feugey, «Google fête les quatre ans du navigateur Chrome, médaille d’or du marché», silicon.fr, le 05/11/2012. URL, consulté le 09/02/2017.
  5. [5] The State of the Mobile Web, Opera Software, juin 2012.
  6. [6] «When I first heard the name “Safari”», donmelton.com, le 19/12/2012. URL, consulté le 09/02/2017.
  7. [7] Tom Warren, «This is Microsoft Edge, the replacement for Internet Explorer», The Verge, le 29/04/2015. URL, consulté le 09/02/2017.
  8. [8] Jon Russel, «Mobile browser-maker UCWeb, another global tech firm under the radar, crosses 500m users», thenextweb.com, le 21/03/2014. URL, consulté le 09/02/2017.
  9. [9] «Qwant lève des fonds et des doutes», Challenges, le 02/02/2017. URL, consulté le 09/02/2017.

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