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Les plus grands bidonvilles du monde, entre solidarités collectives et répressions étatiques


par Atlasocio.com | Publié le 30/01/2020

 

Constituées à l’origine de simples campements provisoires, les habitations informelles s’inscrivent le plus souvent dans la durée pour devenir parfois de vastes méga-bidonvilles. Au sein de ces zones aux conditions de vie misérables, les solidarités collectives sont souvent à l’initiative des améliorations infrastructurelles et d’une reconnaissance officielle. Cependant, dans la majorité des cas, le quotidien des résidents des bidonvilles demeure rythmé par les expulsions expéditives voire la répression des autorités.

 Carte des bidonvilles les plus peuplés du monde. © Atlasocio.com

En 2030, 2 milliards de personnes vivront dans des bidonvilles

Le phénomène de bidonvillisation touche tous les continents, des plus développés comme l’Europe à ceux en voie de développement comme l’Afrique ou l’Asie. Selon les estimations du Programme des Nations unies pour les établissements humains (PNUEH, également appelé ONU-Habitat), d'ici à 2030, la population des bidonvilles est susceptible d'atteindre les deux milliards d'habitants [1]. En effet, l’afflux des populations rurales vers les villes – entre autres facteurs – entraîne une croissance rapide et parfois mal maîtrisée des zones urbaines, engendrant la construction de quartiers entiers d'habitations improvisées. Aussi, la problématique liée aux logements précaires, déjà cruciale, le sera plus encore au cours du 21e siècle.

▶ LIRE AUSSI : Urbanisation du monde : les bidonvilles au coeur des tensions socio-politiques

Pour autant, si l'image des bidonvilles est associée dans l'imaginaire collectif à l'indigence et au crime, les habitants des taudis font preuve de solidarité et de résilience, tout en participant activement à la richesse des villes. Les institutions internationales et autres experts plaident, à ce titre, en faveur de l'intégration des espaces urbains informels en les raccordant aux services publics et aux réseaux d’eau, d’électricité, de transports et de communication plutôt que de les raser et/ou les isoler [2]. Car, les expulsions et la destruction des bidonvilles a longtemps été la seule alternative employée par les différentes politiques d'aménagement du territoire dans le monde. Des mesures radicales et expéditives qui, sur le long terme, n'ont fait que déplacer géographiquement le problème sans jamais résoudre la problématique socio-économique des populations démunies.

Les bidonvilles les plus peuplés du monde

Consulter le classement en intégralité
Sources : United Nations Human Settlements Programme (UN-Habitat) ; données gouvernementales ou associatives ; ouvrages ; articles de presse.
Rang Nom
(ville, État)
Nombre d'habitants
2005 2020
© Atlasocio.com
  Orangi Town 
(Karachi, Pakistan)
1 200 000 2 400 000
(2017)
  Kibera 
(Nairobi, Kenya)
800 000 1 500 000
(2019)
  Pikine 
(Dakar, Sénégal)
1 200 000 1 279 829
(2013)
  Neza-Chalco-Itza 
(Mexico, Mexique)
4 000 000 1 200 000
(2017)
  Sadr City 
(Bagdad, Iraq)
1 500 000 1 150 000
(2009)
  Cazenga 
(Luanda, Angola)
800 000 1 011 397
(2018)
  Agua Blanca 
(Cali, Colombie)
500 000 1 000 000
(2016)
  Dharavi 
(Mumbai, Inde)
800 000 1 000 000
(2017)
  Ezbet-el-Haggana 
(Le Caire, Égypte)
1 000 000 1 000 000
(2010)
  Imbaba 
(Le Caire, Égypte)
1 000 000 687 350
(2010)
Légende
Proportion des bidonvilles au sein de la zone mentionnée pour la dernière année indiquée, selon la définition retenue par ONU–Habitat (estimation Atlasocio.com) : ≈ 100 % | de 50 à 100 %

À l'échelle globale, la planète compterait 9 méga-bidonvilles de plus d'un million d'habitants en 2020, contre 14 en 2005 [3]. Une diminution explicable en partie par les progrès qu'ont réalisé les pouvoirs publics en matière de relogement mais aussi par la destruction systématique des bidonvilles sans concertation préalable, disséminant les installations informelles à travers le tissu urbain existant ou dans les campagnes environnantes. Enfin, si certaines villes comptent plusieurs méga-bidonvilles, d'autres cités peuvent, en revanche, enregistrer des proportions plus élevées de résidents en bidonvilles, mais répartis au sein de différents petits quartiers. C'est le cas notamment de la ville de Jakarta en Indonésie.

Les plus grands bidonvilles d'Afrique

En Afrique, concernant l’année 2014, la proportion de la population urbaine vivant dans des bidonvilles est de 55,3 % en Afrique subsaharienne (contre 61,8 % en 2000 et 67,1 % en 1990), et de 11,9 % en Afrique du Nord (contre 20,3 % en 2000 et 34,4 % en 1990).

Les bidonvilles les plus peuplés d'Afrique

Consulter le classement en intégralité
Sources : United Nations Human Settlements Programme (UN-Habitat) ; données gouvernementales ou associatives ; ouvrages ; articles de presse.
Rang Nom
(ville, État)
Nombre d'habitants
2005 2020
© Atlasocio.com
  Kibera 
(Nairobi, Kenya)
800 000 1 500 000
(2019)
  Pikine 
(Dakar, Sénégal)
1 200 000 1 279 829
(2013)
  Cazenga 
(Luanda, Angola)
800 000 1 011 397
(2018)
  Ezbet-el-Haggana 
(Le Caire, Égypte)
1 000 000 1 000 000
(2010)
  Imbaba 
(Le Caire, Égypte)
1 000 000 687 350
(2010)
  Mushin 
(Lagos, Nigeria)
- 633 009
(2006)
  Mathare Valley 
(Nairobi, Kenya)
500 000 600 000
(2009)
  Agege 
(Lagos, Nigeria)
500 000 541 860
(2011)
  Masina 
(Kinshasa, Congo RD)
500 000 500 000
(2005)
  Khayelitsha (Cape Flats) 
(Le Cap, Afrique du Sud)
1 200 000 400 000
(2017)
Légende
Proportion des bidonvilles au sein de la zone mentionnée pour la dernière année indiquée, selon la définition retenue par ONU–Habitat (estimation Atlasocio.com) : ≈ 100 % | de 50 à 100 %

Kenya : les gigantesques bidonvilles de Nairobi

 Maisons de Kibera (Nairobi, Kenya), le 26/10/2008. © Colin Crowley | St. Aloysius Gonzaga High School

Kibera (Nairobi, Kenya)
Kibera (signifiant « forêt » ou « jungle » en kinubi) est un bidonville situé au sud de Nairobi, la capitale du Kenya. Considéré comme le plus grand bidonville d'Afrique, les estimations d'ONU-Habitat et de différentes ONG varient de 350 000 à 1,5 million d'habitants en 2017, tandis que le recensement de 2009 rapporte une population de 170 070 personnes. Kibera est plus exactement un regroupement de 15 villages interconnectés, constitués de huttes de boue et de cabanes en fer blanc. Aussi, cet ensemble de seulement 4 km² comprend plusieurs bidonvilles dont Laini Saba (100 000 hab. en 2009), Siranga (150 000 hab. en 2009) et Soweto East (70 000 hab. en 2009). Malgré quelques améliorations des infrastructures entreprises, l'espérance de vie à Kibera est de 35 ans en 2009 et la grande majorité des résidents n'a pas accès aux services de base (électricité, eau courante...). De plus, les biens de première nécessité y coûtent plus cher qu'ailleurs, par exemple, le prix de l’eau est en moyenne quatre fois plus élevé qu'au centre-ville de Nairobi en raison des nombreux revendeurs. En outre, Kibera est devenu un secteur où les crispations interethniques débouchent parfois sur des affrontements violents.

Égypte : Le Caire et ses vastes zones d'habitations informelles

 Une rue du bidonville de Manshiyat Naser (Le Caire, Égypte), le 16/02/2013. © stttijn | Flickr

Manshiyat Naser (Le Caire, Égypte)
Surnommé Garbage City (« ville poubelle »), ce bidonville majoritairement peuplé de chrétiens coptes est situé au pied des collines de Mokattam, dans le sud-est du Caire. Réunissant la plus grande concentration de ramasseurs d'ordures (les zabbaleen) de la capitale égyptienne, l'économie de Manshiyat Naser tourne autour de la collecte et du recyclage des déchets. En 2009, la décision prise par les autorités d'abattre tous les porcs égyptiens après une épidémie de grippe porcine a été très difficile pour les habitants de Manshiyat qui utilisent ces animaux afin de consommer des déchets organiques et gagner de l'argent supplémentaire en vendant la viande.

Ezbet-El-Haggana (Le Caire, Égypte)
Situé au nord-est du Caire, Ezbet-El-Haggana est l'une des plus grandes ashwaiiyat (ou « communautés informelles ») d'Égypte avec plus d'un million d'habitants. Beaucoup de logements de cette zone d'urbanisation spontanée ont été améliorés par les résidents, se rapprochant un peu plus des habitations standards de la région. En décembre 2009, des affrontements ont éclaté entre les habitants et les équipes de démolition qui avaient pour mission de raser 28 tours résidentielles dans ce vaste quartier informel.

Afrique du Sud : plusieurs décennies après l'apartheid les inégalités perdurent

En Afrique du Sud, les townships, contrairement aux bidonvilles, sont construits en dur et ont une existence légale. Il ne s'agit donc pas d'habitations informelles stricto sensu. Une situation qui s'explique par la politique de ségrégation raciale mise en place au cours de la période d'apartheid (1948–1994). Pour autant, la forte pauvreté et la surpopulation des townships a progressivement engendré la construction d'habitations de plus en plus précaires pour donner naissance à de véritables bidonvilles, comme celui de Kayelitsha près du Cap.

 Un shantytown (bidonville) de Soweto (Johannesburg, Afrique du Sud), le 25/06/2005. © Matt-80 | Wikimedia Commons

Soweto (Johannesburg, Afrique du Sud)
Soweto – abréviation de South Western Township –, situé au sud-ouest de l'agglomération de Johannesburg, est certainement le township le plus connu d'Afrique du Sud. Construit au cours des années 1930 et séparé de la ville blanche par quelques friches industrielles, Soweto accueille à partir des années 1950 uniquement des résidents noirs, en application de la Loi d'habitation séparée du 27 avril 1950 (Group Areas Act) répartissant racialement les zones urbaines d'habitation. D'abord constitué de petites maisons alignées, le township devient un gigantesque bidonville en raison d'un fort accroissement démographique. L'augmentation de la population a continué tout au long des années 2000, passant de 858 644 à 1 271 628 habitants entre 2001 et 2011. Toutefois, et bien que d'importantes poches de pauvreté subsistent, la classe moyenne est en pleine croissance, notamment suite aux nombreux travaux réalisés depuis la fin de l'apartheid en 1994 : goudronnage des routes, éclairage public, construction d'écoles, etc.

 Vue du township de Khayelitsha (Le Cap, Afrique du Sud), le 04/02/2007. © elyob | Flickr

Khayelitsha (Le Cap, Afrique du Sud)
Khayelitsha (« nouvelle maison » en xhosa) est un bidonville situé à l'est de la ville du Cap, en Afrique du Sud. Comptant entre 400 000 et 1,2 million d'habitants en 2017, dont 40 % ont moins de 19 ans, il s'agit du deuxième plus grand township d'Afrique du Sud après Soweto, mais certainement l'un des plus pauvres. Fondé en 1984, Khayelitsha est alors l'une des dernières tentatives du gouvernement pour faire respecter la politique de ségrégation raciale (apartheid).

Nigeria : Les bidonvilles de Lagos systématiquement détruits

Au Nigeria, deux habitants de Lagos sur trois vivent dans un bidonville sans accès à l'eau potable, aux sanitaires, à l'électricité voire aux routes. Au sein de ces zones résidentielles précaires, la plupart des résidents vivent dans des huttes en planches ou en bambou sur le lagon. Et, alors que l'économie de Lagos s'est développée, les emplacements jadis indésirables le long du lagon sont maintenant considérés comme des opportunités immobilières de premier plan. Les habitants des bidonvilles courent désormais un risque beaucoup plus élevé d'être expulsés, sans préavis ni compensation, à l'image du bidonville d'Otodo Gbame, entièrement rasé en novembre 2016 puis à nouveau en mars 2017 en l'espace d'une demi-journée [4]. Depuis, les déplacés de force de plusieurs bidonvilles de l'agglomération de Lagos n'ont d'autre choix que de dormir dans des canots. Les conditions de vie y sont misérables : chaque barque accueille plusieurs personnes, dormant sous des moustiquaires suspendues à un toit de fortune en tôle. Le canal, longeant la plupart des habitations informelles de Lagos, sert de toilettes publiques et de décharge [5]. Pour autant, de nombreux bidonvilles de Lagos survivent tant bien que mal et parviennent même à contribuer de manière significative à l'économie locale. C'est le cas notamment des bidonvilles d'Ajegunle (surnommé AJ City), d'Agege et de Makoko.

 Le bidonville de Makoko (Lagos, Nigeria), le 01/11/2010. © Heinrich-Böll-Stiftung | Flickr

Makoko (Lagos, Nigeria)
Surnommé par ses habitants la « Venise flottante », Makoko est un petit quartier situé en face d'un des trois ponts reliant le continent à la lagune de Lagos. Il abrite entre 85 000 à 250 000 habitants – dont une forte communauté de pêcheurs d’origine béninoise présente depuis des siècles–, vivant dans des maisons sur pilotis, parfois des canoës. Installées sur leurs pirogues, les femmes du bidonville vendent toutes sortes de produits (pommes, citrons verts, mangues...), tandis que les hommes s'activent à la pêche. Makoko fournit en produits de la mer la ville de Lagos et exporte même du poisson dans d'autres pays de la région, dont le Ghana. Une activité économique qui ne masque cependant pas la pauvreté des habitants de la lagune : toutes sortes de déchets (bouteilles en plastique, emballages...) s’entassent à la surface de l’eau où manoeuvrent les embarcations. Depuis le début des années 2010, l'ensemble du bidonville est menacé d'expulsion par les autorités locales, afin de transformer Lagos en « Dubaï de l’Afrique » avec pour projet de construire des tours vertigineuses, des magasins et des quartiers d’affaires.

Les plus grands bidonvilles d'Amérique

En Amérique, concernant l’année 2014, la proportion de la population urbaine vivant dans des bidonvilles est de 21,1 % en Amérique latine (contre 29,2 % en 2000 et 33,7 % en 1990).

Les bidonvilles les plus peuplés d'Amérique

Consulter le classement en intégralité
Sources : United Nations Human Settlements Programme (UN-Habitat) ; données gouvernementales ou associatives ; ouvrages ; articles de presse.
Rang Nom
(ville, État)
Nombre d'habitants
2005 2020
© Atlasocio.com
  Neza-Chalco-Itza 
(Mexico, Mexique)
4 000 000 1 200 000
(2017)
  Agua Blanca 
(Cali, Colombie)
500 000 1 000 000
(2016)
  Ciudad Bolívar-El Sur 
(Bogota, Colombie)
2 000 000 682 861
(2015)
  Guasmo 
(Guayaquil, Équateur)
- 450 000
(2013)
  Petare 
(Caracas, Venezuela)
600 000 412 756
(2011)
  Pamplona Alta 
(Lima, Pérou)
1 500 000 400 000
(2018)
  Cité Soleil 
(Port-au-Prince, Haïti)
500 000 300 000
(2019)
  Ozama 
(Saint-Domingue, République dominicaine)
- 300 000
(2015)
  Heliópolis 
(Sao Paulo, Brésil)
- 200 000
(2018)
  Maré 
(Rio de Janeiro, Brésil)
- 129 770
(2010)
Légende
Proportion des bidonvilles au sein de la zone mentionnée pour la dernière année indiquée, selon la définition retenue par ONU–Habitat (estimation Atlasocio.com) : ≈ 100 % | de 50 à 100 %

Mexique : Neza-Chalco-Itza, un bidonville atypique

Neza-Chalco-Ixta (Mexico, Mexique)
Neza-Chalco-Ixta est une ciudad perdida située dans la périphérie de la zone métropolitaine de Mexico, la capitale mexicaine. S'étendant sur plusieurs municipalités dont Mexico, Chimalhuacan, Los Reyes et Ecatepec de Morelos, le quartier de Neza-Chalco-Itza est considéré comme l'un des plus grands bidonvilles du monde avec environ 1 200 000 personnes en 2017. Contrairement à de nombreux bidonvilles d'Inde, du Brésil, d'Indonésie ou d'Afrique subsaharienne, les habitations de Neza-Chalco-Ixta ont majoritairement accès aux services de base (eau, électricité). En effet, certains résidents vivent dans d'anciens manoirs abandonnés par des familles riches et transformés en appartements occupés par des ménages à faible revenu. Cependant, la qualité de ces logements à l'architecture atypique est discutable. En effet, la grande majorité des habitants possède un niveau de vie très inférieur au seuil national de pauvreté.

▶ LIRE AUSSI : Brésil : lorsque les conditions de vie urbaine sont révélatrices des inégalités socio-régionales

Haïti : Cité Soleil, le bidonville le plus peuplé des Caraïbes

 Une rue du bidonville Cité Soleil (Port-au-Prince, Haïti), le 25/06/2008. © BBC World Service | Flickr

Cité Soleil (Port-au-Prince, Haïti)
Fondée dans les années 1960 à la périphérie de Port-au-Prince par le président François Duvalier afin de loger les travailleurs haïtiens des plantations de canne à sucre, la Cité Soleil porte à l'origine le nom de « Cité Simone », en référence à son épouse Simone Ovide. Durant les années 1980, la population rurale est encouragée par les autorités à s'installer dans les villes, l'industrie sucrière étant à la recherche de main d'oeuvre. Cependant, suite au coup d'État du 30 septembre 1991, les usines ferment et la population de Cité Soleil se paupérise rapidement.
Au milieu des années 1990, la population du bidonville est terrorisée par des gangs armés qui ont chassé la police locale, empêchant les institutions internationales et les ONG de fournir l'aide humanitaire aux habitants. En 2002, la violence s'intensifie lorsque les gangs s'attaquent à la population civile, provoquant la fuite de plusieurs milliers de résidents. Durant cette période, tous les blocs d'habitations sont contrôlés par l'une des 30 factions armées du bidonville. De 2004 à 2007, Cité Soleil est le théâtre d'affrontements périodiques entre la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) et des groupes armés retranchés dans le bidonville. Au cours des années 2010, bien que les gangs ne dominent plus le secteur, les meurtres, les enlèvements et les pillages sont encore courants.
Cité Soleil est aujourd'hui l'un des plus grands bidonvilles d'Amérique et un microcosme de tous les maux de la société haïtienne : chômage endémique, analphabétisme, services publics inexistants, conditions insalubres, criminalité généralisée et violence armée. En termes de bâti, la moitié des maisons de Cité Soleil sont en ciment avec une toiture métallique, l'autre moitié étant entièrement constituée de matériaux de récupération. On estime que 60 à 70 % des maisons du bidonville n'ont pas accès à des latrines, en particulier dans la zone marécageuse qui comprend la Cité Carton, où des milliers de personnes dorment réellement dans des caisses en carton posées à même le sol [6].

Les plus grands bidonvilles d'Asie

En Asie, concernant l’année 2014, la proportion de la population urbaine vivant dans des bidonvilles est de 30,5 % en Asie du Sud (contre 45,5 % en 2000 et 56,6 % en 1990), 28,4 % en Asie du Sud-Est (contre 39,6 % en 2000 et 49,5 % en 1990), 26,2 % en Asie de l'Est (contre 37,4 % en 2000 et 43,7 % en 1990), 24,9 % en Asie de l'Ouest (contre 20,6 % en 2000 et 22,5 % en 1990).

Les bidonvilles les plus peuplés d'Asie

Consulter le classement en intégralité
Sources : United Nations Human Settlements Programme (UN-Habitat) ; données gouvernementales ou associatives ; ouvrages ; articles de presse.
Rang Nom
(ville, État)
Nombre d'habitants
2005 2020
© Atlasocio.com
  Orangi Town 
(Karachi, Pakistan)
1 200 000 2 400 000
(2017)
  Sadr City 
(Bagdad, Iraq)
1 500 000 1 150 000
(2009)
  Dharavi 
(Mumbai, Inde)
800 000 1 000 000
(2017)
  Tondo 
(Manille, Philippines)
- 631 313
(2015)
  Eslamshahr 
(Téhéran, Iran)
600 000 600 000
(2005)
  Gaza-Ash Shati Camp [1] 
(Gaza, Palestine)
457 412 673 638
(2018)
  Payatas 
(Quezon City, Philippines)
- 120 000
(2010)
  Salia Sahi 
(Bhubaneswar, Inde)
- 100 000
(2012)
  Klong Toey 
(Bangkok, Thailande)
- 80 000
(2017)
  Begun Bari 
(Dacca, Bangladesh)
- 34 517
(2011)
Légende
Proportion des bidonvilles au sein de la zone mentionnée pour la dernière année indiquée, selon la définition retenue par ONU–Habitat (estimation Atlasocio.com) : ≈ 100 % | de 50 à 100 %
[1] Afin de conserver une pertinence en termes de zone de bâti continu de type « bidonville », les données indiquées concernent uniquement l'agglomération de Gaza et le camp de réfugiés d'Al-Shati (Cf. “World Urbanization Prospects: The 2018 Revision”, Population Division, Department of Economic and Social Affairs, United Nations) et non l'ensemble de la Bande de Gaza, contrairement à l'estimation de 1 300 000 personnes en 2005 proposée par Mike Davis (Planet of Slums, Verso, 2006). La situation est cependant critique pour l'ensemble de la Bande de Gaza : seuls 10 % des Gazaouis ont accès à l’eau potable, contre 90 % des habitants de Cisjordanie (« Ressources en eau: une situation alarmante à Gaza », Banquemondiale.org, le 22/11/2016).

Pakistan : Orangi Town, le bidonville le plus peuplé du monde

Orangi Town (Karachi, Pakistan)
Orangi Town, composé de 13 quartiers officiels et situé au nord-ouest de Karachi (Pakistan), est le bidonville le plus peuplé du monde avec, selon les estimations, plus de 2 400 000 personnes en 2017. Les résidents habitent dans des maisons constituées de blocs de béton, avec huit à dix personnes se partageant deux ou trois pièces maximum. Privée de services gouvernementaux depuis sa création, la communauté du bidonville autofinance puis construit, en 1980, son propre système d'égouts via The Orangi Pilot Project. Afin de subvenir à leurs besoins, les habitants d'Orangi Town se sont spécialisés dans la fabrication de tapis et d'articles en cuir, un apport économique non négligeable pour l'agglomération de Karachi et ses environs. Cependant, les conditions de vie restent difficiles en raison de la surpopulation et du manque d'accès à l'eau potable, contribuant à la propagation des maladies, notamment le paludisme et la typhoïde.

Inde : Dharavi, un bidonville situé en plein centre-ville de Mumbai

 Le bidonville de Dharavi (Mumbai, Inde), le 29/12/2010. © M M | Flickr

Dharavi (Mumbai, Inde)
Situé au coeur de Mumbai (ex-Bombay), capitale de l'État de Maharashtra en Inde, Dharavi est fondé en 1884 pendant l'ère coloniale britannique, suite à l'expulsion des résidents du centre-ville par le gouvernement colonial. Au cours du XXe siècle, le bidonville accueille de nombreux ruraux venus de toute l'Inde pour trouver du travail. Un héritage historique qui fait de Dharavi un quartier multi-religieux et multi-ethnique. D'une superficie de 2,1 kilomètres carrés pour une population d'environ 1 million d'habitants, Dharavi est l'une des zones les plus densément peuplées du monde. Le bidonville fait preuve d'une impressionnante vitalité économique, chaque maison disposant en son sein d'un atelier afin de fabriquer des articles en cuir, des vêtements, de la poterie, etc. Une industrie traditionnelle qui, bien qu'informelle, s'est imposée par sa compétitivité. Désormais, les artisans du bidonville travaillent sous contrat pour de grandes entreprises du secteur formel, fournissant même des boutiques de luxe, voire exportant à l'international.

Philippines : Tondo, un bidonville construit sur une décharge

 Tondo, un bidonville de Manille (Philippines), le 18/06/2007. © มุก | Flickr

Tondo (Manille, Philippines)
Construit sur une décharge à la périphérie du métro de Manille, Tondo est un bidonville densément peuplé (80 000 hab./km²). Le tri des ordures, vendues ou recyclées, demeure la principale source de revenu pour de nombreux résidents de Tondo. Dans une zone du bidonville connue sous le nom d'Happyland, les habitants gagnent leur vie en ramassant des restes de poulet parmi les déchets et en les faisant bouillir. Ce plat, appelé pagpag, est ensuite revendu à d'autres habitants du bidonville.

Europe : le retour des bidonvilles ?

Disparus d’Europe de l’Ouest depuis la fin des années 1970, les bidonvilles sont réapparus dans les années 2000 avec, dans un premier temps, l’arrivée de migrants venus d’Europe de l’Est (principalement Roms) puis, dans un second temps, celle de réfugiés asiatiques et africains fuyant les conflits armés (Afghanistan, Somalie, Syrie…). Désormais, les campements de ces populations marginalisées sont source de tensions socio-politiques, suscitant compassion, inquiétude ou rejet.

▶ LIRE AUSSI : Réfugié, demandeur d’asile, migrant et déplacé interne : quelles différences ?

Le plus grand bidonville de l’Union européenne est Cañada Real Galiana, au sud de Madrid (Espagne), avec plus de 7 000 personnes en 2017. Les habitants, originaires d’Amérique latine, du Maroc ou de Roumanie, y vivent dans le plus grand dénuement, une situation sociale exploitée par les trafiquants de stupéfiants en quête de main d’œuvre bon marché. D’autres pays européens sont confrontés à l’expansion des bidonvilles : la Suède, mais aussi l’Allemagne avec le camp illégal du parc Tiergarten, situé en plein coeur de Berlin et à seulement quelques centaines de mètres de la chancellerie.

 Carte de France relative à la population vivant dans des bidonvilles par département en 2017. © Atlasocio.com

En France, ce type d’habitations précaires n’est pas nouveau et – contrairement aux idées reçues – a toujours rassemblé des familles de nationalités différentes [7]. Ainsi, en 1966, sur les 75 000 « bidonvillois » recensés dans l’Hexagone par le ministère de l’Intérieur, 42 % d’entre eux sont Maghrébins, 20 % sont Français (la plupart étant Bretons, Corses, Occitans…), et 20 % sont Portugais [8]. Peu à peu supprimés au cours des années 1970 avec la constitution d'un vaste parc social HLM, les bidonvilles font leur réapparition dans les années 2000. En mars 2015, selon les données de la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement des personnes sans abri ou mal logées (DIHAL), 19 676 personnes, dont 4 252 mineurs, vivent dans 577 bidonvilles répartis sur l’ensemble du territoire français métropolitain [9]. Des chiffres qui ne comprennent pas les départements et collectivités d’outre-mer. En effet, Kaweni, le plus grand bidonville de France, se trouve à Mayotte. S’étendant du bord de la nationale à deux voies jusque sur les hauteurs de la commune de Mamoudzou, ce vaste bidonville accueille plus de 15 000 personnes mahoraises, comoriennes ou malgaches vivant sans eau ni électricité.

Océanie : des bidonvilles oubliés

En Océanie, la proportion de la population urbaine vivant dans des bidonvilles est restée stable au cours de la période 1990-2014 avec 24,1 %. Peu de données statistiques du continent sont disponibles. Pourtant, la région compte de nombreuses zones d'habitations informelles.

 Maisons précaires sur pilotis à Port Moresby (Papouasie-Nouvelle-Guinée), le 06/08/2019. © gailhampshire | Flickr

La ville de Port Moresby, capitale de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, rencontre des problèmes infrastructurels, ne pouvant accueillir l'ensemble des ruraux du pays venus chercher du travail. Ces derniers viennent alors grossir les bidonvilles à la périphérie de la ville. Ainsi, à Port Moresby, 50 % de la population vit dans des bidonvilles en 2011 [10].

Il en va de même au Vanuatu. Le bidonville d'Anaburu, situé à flanc de colline au sud de la capitale Port-Vila, compte plusieurs milliers de personnes qui vivent dans des cabanes de fortune d'une seule pièce, construites avec des planches et des tôles de récupération. Les résidents proviennent pour la plupart des petites îles de l'archipel comme Tanna, Pentecôte, Ambrym ou Malicolo, où le chômage est endémique.

La Polynésie française n'est pas épargnée par le phénomène de bidonvillisation. À Papeete, chef-lieu de cette collectivité d'outre-mer, le bidonville du Flamboyant est situé en bordure de la piste de l’aéroport international de Tahiti. Les familles de ce quartier sont majoritairement d'origine rurale. En effet, lors des essais nucléaires français menés dans le Pacifique, de nombreux autochtones ont été poussés à quitter leurs îles natales pour rejoindre l'agglomération de Papeete. Sans emploi, déracinés, les habitants se sont rapidement paupérisés et la déscolarisation y est massive.


Notes et références

  1. [1] The Challenge of Slums, Global Report on Human Settlements 2003, United Nations Human Settlements Programme, 2003.
  2. [2] C. Barbière, « En 2050, les bidonvilles accueilleront 3 milliards d’habitants », Euractiv.fr, le 03/03/2017.
  3. [3] Voir « Classement des bidonvilles les plus peuplés du monde » (Atlasocio.com). Les estimations de l'année 2005 reposent principalement sur l'ouvrage de Mike Davis intitulé Planet of Slums (Verso, 2006).
  4. [4] Y. Kazeem, “Lagos wants to be a modern mega city so it’s forcing thousands of slum dwellers from their homes”, Quartz Africa, 22 March 2017.
  5. [5] T. McDonnell, “Slum Dwellers In Africa's Biggest Megacity Are Now Living In Canoes”, npr.org, 15 May 2017.
  6. [6] C Najman, Haïti, Dieu seul me voit, coll. Le nadir, Éd. Jacob Duvernet, 1995.
  7. [7] À ce titre, les bidonvilles de Nanterre ont abrité jusqu’à 300 familles de nationalités différentes en 1968 (Cf. B. Bret, Contribution à l’étude de l’habitat provisoire dans la banlieue parisienne : les bidonvilles de Nanterre. Maîtrise de géographie [sous la direction de P. George], Paris, Sorbonne, 1968).
  8. [8] M. Lallaoui, Du bidonville aux HLM, Syros, 1993.
  9. [9] « État des lieux national des campements illicites et grands squats au 31 mars 2015 », Mission relative à l’anticipation et l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites, DIHAL, avril 2015.
  10. [10] « “Urbanisation in Papua New Guinea”, The University of Sydney, 20 September 2011. URL, consulté le 28/01/2020.