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Couvert forestier mondial : de la déforestation massive aux tentatives de reboisement


Atlasocio.com | Publié le 06/05/2019

 

Indicateur clé de l’état de santé de notre planète, le couvert forestier mondial permet, entre autres, la régulation du climat, la création d’habitats naturels, le recyclage des nutriments ou bien encore la stabilisation des sols. Pourtant, chaque année, plus de 10 millions d’hectares de forêts disparaissent à travers le monde, soit une superficie équivalente à celle du Nicaragua.

Carte du monde par évolution de la surface forestière (période 1990-2016). © Atlasocio.com

▶ VOIR AUSSI :
– Cartes du monde relatives à la surface forestière (en % du territoire)
– Cartes du monde relatives à la surface forestière totale (km²)
– Cartes du monde relatives à l'évolution de la surface forestière

Des forêts tempérées et boréales qui renaissent, des forêts tropicales qui disparaissent

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près de quatre milliards d’hectares – environ 30 % des terres émergées – sont recouverts par la forêt dans le monde. Une vaste étendue qui ne représente toutefois que la moitié du massif forestier 11 000 ans auparavant, tel qu'il était au début de l'agriculture [1]. Actuellement, cinq pays réunissent plus de la moitié du couvert forestier mondial : la Russie, le Brésil, le Canada, les États-Unis, et la Chine.

Les 10 premiers États du monde par surface forestière totale (km²)

Consulter le classement en intégralité
Source : Food and Agriculture Organization of the United Nations.
Rang État ou territoire Surface forestière (km²)
1990 2016
© Atlasocio.com
  Russie 8 089 500,00 8 148 895,00
  Brésil 5 467 050,00 4 925 540,00
  Canada 3 482 730,00 3 470 224,06
  États-Unis 3 024 500,00 3 103 700,00
  Chine 1 571 405,96 2 098 635,00
  Congo (RDC) 1 603 630,00 1 522 665,94
  Australie 1 285 410,00 1 250 590,00
  Indonésie 1 185 450,00 903 256,02
  Pérou 779 210,00 738 053,98
  Inde 639 390,00 708 603,98

En 2015, seuls 36 % des forêts sont restés primaires, c’est-à-dire composés d’espèces indigènes et sans trace d’activité humaine. En termes d’évolution récente, les massifs forestiers occupaient 41 282 694 de kilomètres carrés en 1990 [2], contre 39 958 245 km² en 2016, soit une baisse de 3,2 % en l’espace de vingt-six ans. Un chiffre qu’il convient d’analyser plus en détails. Ainsi, la FAO évalue la perte des forêts mondiales à 94 millions d’hectares au cours de la décennie 1990-2000, un résultat qui comprend la perte de 130 millions d’hectares au sein des pays en voie de développement et un gain de 36 millions d’hectares dans les pays occidentaux en raison du reboisement naturel des anciennes terres agricoles [3]. De plus, tandis que les forêts boréales et tempérées enregistrent globalement une progression, les forêts tropicales sont menacées à tel point qu'elles pourraient totalement disparaître d’ici 50 ans.

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Les forêts tropicales couvrent 1 770 millions d’hectares, dont 840 millions en Amérique du Sud, 600 millions en Afrique, et 300 millions en Asie [4]. Ces régions concentrent en moyenne 90 % des pertes annuelles de forêts naturelles depuis le début des années 1990. Selon une étude publiée en septembre 2014 [5], près de la moitié de la déforestation dans les pays tropicaux s’explique par la conversion illégale de terrains vierges en exploitations agricoles afin de satisfaire la demande des pays industrialisés relative aux matières premières agricoles (huile de palme, soja, etc.).

Pour tenter d’appréhender ce phénomène avec précision, le World Ressources Institute (WRI) cartographie depuis l’année 2001 le recul des forêts à l’échelle mondiale en se basant sur des données satellitaires [6]. Le dernier rapport annuel du WRI, intitulé Global Forest Watch (GFW), indique que plus de 12 millions d’hectares de forêts tropicales ont été détruits en 2018, une superficie équivalente à celle du Nicaragua. Mais, selon les auteurs de l’étude, le plus préoccupant concerne la disparition de 3,64 millions d’hectares de forêt tropicale primaire, soit une surface comparable à la Belgique.

Déforestation 2018 : les 10 pays ayant perdu la plus grande superficie de forêt primaire tropicale. © Atlasocio.com

Ainsi, 2018 se classe comme la quatrième plus mauvaise année en termes de déforestation de la forêt tropicale, après 2016 (pic historique), 2017 et 2014. Au regard des « 18 dernières années, il est clair que la tendance globale est toujours à la hausse », commente Frances Seymour de WRI. Trois zones tropicales sont particulièrement touchées par la déforestation : l’Amazonie, l’Afrique centrale, et l’Asie du Sud-Est.

L’Amazonie : le poumon de la terre en danger

Le bassin amazonien totalise 7 000 000 km², dont 5 500 000 km² sont entièrement recouverts par la forêt tropicale. Neuf pays se partagent ce vaste territoire : le Brésil occupe environ 60 % de la surface forestière amazonienne, suivi du Pérou (13 %), de la Colombie (10 %), et de plus faibles superficies pour les autres États et territoires (Bolivie, Venezuela, Équateur, Guyana, Suriname, et Guyane française). Plus grand massif forestier tropical au monde, l’Amazonie compte près de 390 milliards d'arbres et de 16 000 espèces différentes, un réservoir inestimable de biodiversité [7].

Avant le début des années 1960, l'accès à l'intérieur de la forêt est extrêmement limité et la forêt demeure pratiquement intacte. Par la suite, les principales sources de déforestation en Amazonie résultent des établissements humains et du développement de l’agriculture intensive. Durant les années 1990, l’Amérique du Sud perd 37 millions d’hectares, dont 23 millions au Brésil.

La Route transamazonienne (BR-230) a pour objectif de relier le Pérou à l’Atlantique. © Wikimedia Commons

Les premiers dommages environnementaux notables dans la région remontent au 27 septembre 1972, date de lancement de la construction de la Route transamazonienne (officiellement « BR-230 »). L’objectif est alors de relier le Pérou à l’Atlantique et de permettre l’installation d’exploitations agricoles brésiliennes de chaque côté de la route. Longue de 4 223 km, cette autoroute, toujours en cours de réalisation, demeure une menace majeure pour la forêt amazonienne : si durant les premières décennies l'accès aux chantiers de construction était principalement assuré par de petits avions utilisant des pistes d'atterrissage temporaires et des bateaux, les véhicules de construction traversent désormais la route d’est en ouest afin d’apporter de la terre et du gravier nécessaires aux opérations de pavage. La situation est susceptible d’empirer après l’arrivée au pouvoir du président brésilien Jair Bolsonaro, ce dernier ayant clairement exprimé son souhait de donner la priorité aux intérêts miniers agricoles au détriment de la protection de l’environnement. De ce fait, la déforestation en Amazonie brésilienne a augmenté de 54 % en janvier 2019 par rapport à janvier 2018.

Mais le Brésil n’est pas l'unique pays d’Amérique du Sud responsable de la destruction progressive de l’Amazonie. En Colombie, depuis l’accord de paix conclu entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) le 26 septembre 2016, de vastes zones forestières sont désormais ouvertes au développement. Ainsi, la perte de forêt primaire colombienne a augmenté de 9 % entre 2017 et 2018. Il en va de même en Bolivie, troisième pays sud-américain le plus touché par la déforestation, où le soja est le principal facteur de déforestation illégale dans la partie amazonienne du pays. Selon un rapport de la FAO, au total, 18 % de la forêt amazonienne ont disparu depuis 1970 [8].

Bassin du Congo : une forêt menacée par la croissance démographique et le trafic du bois

L’Afrique centrale, deuxième massif forestier au monde avec plus de deux millions de kilomètres carrés, s'étend sur six pays : la République démocratique du Congo (RDC), la République du Congo, le Gabon, le Cameroun, la Centrafrique, et la Guinée équatoriale. Durant les années 1990, le bassin du Congo subit une importante déforestation. Une décennie durant laquelle l’Afrique perd 52 millions d’hectares forestiers, notamment au Soudan, en Zambie, et en RDC [9].

Évolution de la surface forestière (en % du territoire) par État au cours de la période 1990-2016

Consulter le classement en intégralité
Source : Food and Agriculture Organization of the United Nations.
Les 10 premiers États en terme de reboisement
Rang, État, variation (en % du territoire)
Les 10 premiers États en terme de déforestation
Rang, État, variation (en % du territoire)
© Atlasocio.com
01 Viêt Nam +27,32 01 Honduras -32,75
02 République dominicaine +18,86 02 Corée du Nord -27,38
03 Bhoutan +18,83 03 Zimbabwe -21,75
04 Monténégro +14,94 04 Cambodge -20,48
05 Samoa +14,49 05 Timor oriental -19,58
06 Cuba +12,12 06 Birmanie -16,38
07 Espagne +9,29 07 Indonésie -15,58
08 Cap-Vert +8,22 08 Paraguay -15,50
09 Eswatini +6,90 09 Ouganda -14,09
10 Rwanda +6,84 10 Bénin -13,30

Selon une étude du Woods Hole Research Center, près de 30 % de la forêt tropicale d’Afrique centrale, soit 600 000km² (plus que la surface de la France), sont livrés à l'exploitation du bois [10]. Or, en raison des difficultés structurelles et économiques, il est quasiment impossible de faire appliquer le code forestier au sein d’États de droit défaillants, souvent en proie à l’instabilité politique. En RDC, où 7 millions de petits agriculteurs subviennent difficilement à leurs besoins, 90 % des exportations de bois sont informelles. Autre facteur qui est source d’inquiétude, celui de la croissance démographique : selon les projections de l'ONU, entre 170 et 200 millions d’habitants vivront dans la région en 2050. Les besoins en nourriture, en logement et en énergie (bois de chauffage) engendreront forcément un empiètement inéluctable sur la forêt tropicale.

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WRI souligne le rythme de destruction particulièrement inquiétant des forêts primaires en RDC, et s’alarme d’une hausse de la destruction de 60 % au Ghana et de 26 % en Côte d’Ivoire entre 2017 et 2018. Proportionnellement, d'autres pays du continent africain ont été particulièrement touchés par la déforestation massive : le Zimbabwe et l'Ouganda ont vu leurs surfaces forestières respectives passer de 57,29 % et 23,78 % du territoire en 1990 à seulement 35,54 % et 9,68 % en 2016. Enfin, Madagascar est le 8e pays au monde en termes de déforestation avec 94 785 d'hectares rasés en 2018.

La forêt indonésienne : un « désert vert » en pleine expansion

Avec une surface estimée à 90 millions d'hectares, la forêt indonésienne est la troisième forêt tropicale du monde par sa superficie, après la forêt amazonienne et la forêt du bassin du Congo. Entre 1960 et 2014, la moitié des forêts tropicales d’Indonésie disparait, et de nombreux autres États de la région connaissent une forte de baisse de leurs forêts primaires : la Birmanie, la Malaisie, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et surtout le Cambodge.

Concernant l’Indonésie, la déforestation débute à la fin des années 1960 sur l’île de Java, alors en proie à une forte croissance démographique et une urbanisation exponentielle. Le phénomène s’étend ensuite sur les îles de Sumatra, de Bornéo et de Célèbes, cette fois-ci pour des raisons exclusivement économiques afin de répondre aux besoins des industries de l’huile de palme, du caoutchouc, de la pâte à papier ou du commerce du bois. Les enjeux financiers pour l’Indonésie sont conséquents avec un secteur de l’huile de palme qui fait vivre 20 millions de ses habitants et représente la deuxième source de devises du pays derrière les hydrocarbures. Les plantations de palmiers à huile couvrent désormais 14 millions d’hectares en Indonésie, jadis occupés par la forêt primaire tropicale. Ces transformations ne sont pas sans conséquences sur l’écosystème de l’archipel : diversité biologique en péril, contamination des nappes phréatiques et appauvrissement des sols dû à l’usage de pesticides, etc. Les plantations d’arbres à croissance rapide sont surnommées les « déserts verts » par le World Rainforest Movement, principale ONG impliquée dans les efforts de défense des forêts tropicales depuis sa création en 1986.

Carte du monde relative à la surface forestière par État (en % du territoire). © Atlasocio.com

Autre menace, celle liée aux incendies : entre 2000 et 2017, rien que sur l’île de Sumatra, 17 620 incendies se sont déclarés dans les plantations de l’entreprise indonésienne Asia Pulp and Paper (APP), filiale du groupe Sinar Mas et numéro deux mondial de la production papetière [11]. Sur des milliers d’hectares, les plantations d’acacias ont remplacé les anciennes forêts tropicales. Or, le développement des acacias est freiné par l’humidité, poussant plusieurs ONG à accuser les entreprises forestières d’assécher les sols. Une technique qui favorise la propagation des incendies, difficilement dénombrables à l’échelle de l’archipel indonésien.

En 2012, selon une étude publiée par l’Université du Maryland dans la revue Nature Climate Change [12], l’Indonésie a été le premier pays en termes de déforestation devant le Brésil. Pourtant, au cours de cette période, le gouvernement indonésien avait accordé des droits de coupe aux compagnies forestières avec une obligation de reboisement. Or, seulement 2 millions d'hectares ont été reboisés par les entreprises multinationales sur les 9 millions d'hectares prévus pour le reboisement d'essences commerciales [13]. Toutefois, selon le WRI, la déforestation en Indonésie a ralenti de 63 % en 2018 par rapport à l’année 2016. Et, si le Brésil et l’Indonésie concentraient 71 % des pertes de forêts tropicales primaires en 2002, ils n’en représentent plus que 46 % en 2018. Ces dernières années, l’Indonésie a bénéficié de mesures gouvernementales plutôt favorables à l’environnement avec la création de zones forestières protégées par un moratoire, sans oublier deux années relativement humides qui ont empêché une intensification des feux de forêt.

Vers une politique globale de reboisement ?

Face au phénomène de déforestation, plusieurs gouvernements et ONG tentent de s’accorder sur les moyens à mettre en oeuvre afin d'éviter la disparition pure et simple des forêts tropicales. Grâce aux données satellitaires issues de son capteur Modis, la NASA a pu déterminer avec précision la progression de la re-végétalisation : le couvert végétal de la Terre a augmenté de 5 % en deux décennies. Ainsi, la couverture forestière progresse à un rythme de 10,5 % par décennie en Chine, de 6,5 % en Inde, de 4,2 % au Canada, et de 2,7 % aux États-Unis.

Le reboisement se concentre principalement en Asie et en Amérique du Nord.
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 +  Le reboisement se concentre principalement en Asie et en Amérique du Nord. © NASA
Le couvert forestier progresse à un rythme soutenu en Chine et en Inde.
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 +  Le couvert forestier progresse à un rythme soutenu en Chine et en Inde. © NASA
En Amérique du Nord, le verdissement provient en grande partie de l'agriculture.
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 +  En Amérique du Nord, le verdissement provient en grande partie de l'agriculture. © NASA

La Grande muraille verte chinoise

Dès 1978, soucieuse de l’avancée progressive du désert de Gobi, la Chine lance une ambitieuse campagne de reboisement nommée la « Grande muraille verte ». Le projet, devant se terminer en 2074, est de recouvrir d'arbres une vaste étendue de plus de 500 000 km² et longue de 4 480 kilomètres. L’administration chinoise des forêts tire en décembre 2018 un bilan positif de ces plantations sur l’écosystème régional : « la fréquence des tempêtes de sable, à l’échelle nationale, a diminué d’un cinquième entre 2009 et 2014 », et « les précipitations sont passées d’environ 70 mm par an, il y a 30 ans, à 400 mm en 2016 » dans cette zone nouvellement boisée de Mongolie-Intérieure. Certains chercheurs demeurent toutefois sceptiques, se posant la question de savoir comment cette verdure peut prospérer dans un désert sans puiser dans les nappes phréatiques. Toujours est-il que cet effort titanesque de reboisement a augmenté la dépendance de la Chine pour l’importation de produits forestiers, favorisant la déforestation dans d’autres régions du monde.

Les efforts de l'Inde et du Pakistan

En Inde aussi, les initiatives relatives au reboisement se multiplient depuis l’année 2000. Dans le cadre de l’Accord de Paris, les autorités indiennes se sont engagées à augmenter la superficie forestière du pays de 95 millions d'hectares d'ici 2030, un projet dont le coût est estimé à environ 6,2 milliards de dollars. Au Pakistan, le programme de reboisement Billion tree tsunami a mobilisé près de 16 000 planteurs entre 2014 et 2017, permettant de restaurer 350 000 hectares de forêts dans la province aride du Khyber-Pakhtunkhwa, située au nord-ouest du pays [14].

L'Amérique du Nord et l'Europe : un reboisement programmé pour l'industrie

Aux États-Unis, le boisement des Grandes Plaines du Middle-West commence au début du XXe siècle. Entre 1935 et 1943, 220 millions d'arbres sont plantés dans le cadre du programme W. P. A. créé par le président F. D. Roosevelt [15]. Au Canada, le verdissement provient en grande partie de l'agriculture. À noter que la forêt boréale canadienne, majoritairement constituée de conifères et d'espèces résineuses (pins, épinettes, mélèzes, sapins et thuyas), représente environ 28 % de la forêt boréale planétaire.

Au sein de l'Union européenne, la couverture forestière a progressé de 10,5 % au cours des deux dernières décennies. En Espagne, la reforestation est en pleine expansion, notamment en encourageant les propriétaires à planter des arbres via d'importantes subventions. Or, la majorité du bois coupé sert à fabriquer du papier, et pour répondre à la demande de l'industrie l'Espagne a importé d'Australie l'eucalyptus. En Galice, cet arbre a colonisé et remplacé les espèces locales, une monoculture à l'image du « désert vert » d'indonésien.

Des forêts primaires qui demeurent irremplaçables

Les analyses de la NASA entrent cependant en contradiction avec celles de la FAO qui évoquent au contraire une baisse du couvert forestier mondial (voir note 1). De plus, les données de l’agence spatiale américaine sont à relativiser car ces politiques de reboisement ne compensent pas les destructions des forêts tropicales primaires qui constituent un écosystème capable de stocker plus de carbone que les autres types de forêts et sont par conséquent essentielles pour le climat et la biodiversité.

Statistiquement, le piège serait donc d'interpréter la hausse de la surface forestière comme un signe strictement positif pour l'environnement. En effet, deux facteurs susceptibles d'être occultés par ces chiffres plutôt optimistes nuancent la situation. Le premier facteur porte sur les reboisements forestiers qui contribuent pour 20 % de la production forestière mondiale [16]. Car, face à l'épuisement ou la protection des forêts naturelles, la demande de bois est désormais de plus en plus assurée par des fermes de production forestière. Le second facteur découle du premier et concerne le développement des monocultures :

« Les régions, démunies de leurs écosystèmes forestiers originels et de leurs habitats naturels correspondants, ont subséquemment perdu la végétation qui stabilisait le sol, qui participait au recyclage des nutriments et qui empêchait l'érosion. Ces territoires ont rapidement perdu leurs utilités pour se transformer en dettes à long terme, même après un reboisement. La plantation d'une monoculture d'arbres n'est rien à comparer avec une forêt ancienne, où une quantité d'espèces d'âges différents jouent un rôle biologique distinct, avec des processus écologiques évoluant sans cesse. » [17]

D'où la nécessité d'encourager des politiques environnementales coordonnées et respectueuses de la biodiversité. Des mesures concrètes et pérennes qu’il est urgent d’appliquer, tant aux forêts boréales qu'aux forêts tropicales. Pour ce faire, il conviendrait de soutenir financièrement et structurellement les États en difficulté, encore trop dépendants de l’industrie du bois au sens large.


Notes et références

  1. [1] R. Costanza et al., “The Value of the World’s Ecosystem Services and Natural Capital”, Nature, 15 May 1997.
  2. [2] Données disponibles sur le site de la Banque mondiale. Cf. « Surface forestière (km carrés) », Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale. URL
  3. [3] Forest Resources Assessment 2000, U.N. Food and Agriculture Organization, updated 10 April 2001.
  4. [4] Rodney J. Keenan, Gregory A. Reams, Frédéric Achard et Joberto V. de Freitas, “Dynamics of global forest area: Results from the FAO Global Forest Resources Assessment 2015”, Changes in Global Forest Resources from 1990 to 2015, vol. 352, Forest Ecology and Management, 7 september 2015, p. 9–20.
  5. [5] “Consumer Goods and Deforestation: An Analysis of the Extent and Nature of Illegality in Forest Conversion for Agriculture”, Forest Trends, September 2014. URL
  6. [6] Cf. Interactive Map, Global Forest Watch. URL
  7. [7] “Field Museum scientists estimate 16,000 tree species in the Amazon”, Field Museum, 17 October 2013. URL
  8. [8] H. Steinfeld, P. Gerber, T. Wassenaar & all., Livestock's Long Shadow: Environmental Issues and Options, Food and Agriculture Organization of the United Nations, 2006.
  9. [9] Forest Resources Assessment 2000, U.N. Food and Agriculture Organization, 10 April 2001.
  10. [10] Woods Hole Research Center, “Impacts Of Industrial Logging In Central Africa Studied”, ScienceDaily, 8 June 8 2007. URL
  11. [11] « Razzia sur le bois, les promesses en kit des géants du meuble », Cash Investigation, France 2, émission diffusée le 25 janvier 2017.
  12. [12] B. Arunarwati Margono, P. V. Potapov, S. Turubanova et al., “Primary forest cover loss in Indonesia over2000–2012”, Nature Climate Change, vol. 4, Department of Geographical Sciences, University of Maryland, August 2014. URL
  13. [13] The State of the Forest: Indonesia, Forest Watch Indonesia and Global Forest Watch, 2002.
  14. [14] “Pakistan’s Billion Tree Tsunami restores 350,000 hectares of forests and degraded land to surpass Bonn Challenge commitment”, International Union for Conservation of Nature, 11 August 2017.
  15. [15] J. Gottmann, Le boisement des Grandes Plaines aux États-Unis, Annales de Géographie, t. 58, n°311, 1949, pp. 286-287.
  16. [16] Matthews et al., Pilot Analysis of Forest Ecosystems: Forest Ecosystems (Washington, World Resources Institute, 2000, p. 16.
  17. [17] J. Larsen [trad. J. Bougie], « Le déclin mondial du couvert forestier », VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Regards/Terrain, le 1er mai 2003. URL