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Violences envers les femmes dans le monde : l’état de la situation


Atlasocio.com | Publié le 02/12/2015 • Mis à jour le 04/06/2018
Par Guilhèm Moreau

 

Selon les Nations unies, une femme sur trois dans le monde a déjà été victime de violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. État de la situation : rapports d’enquêtes, cartes, graphiques et statistiques par régions du monde.

 Niveau de sécurité des femmes dans le monde en 2014, selon WomanStats Project. © Atlasocio.com

Un fléau mondial

« La violence à l’égard des femmes est si répandue que chacun d’entre nous peut faire quelque chose pour la combattre. Nous devons unir nos forces pour faire disparaitre ce fléau, promouvoir une égalité pleine et entière entre les sexes et édifier un monde dans lequel les femmes et les filles seront en sécurité, comme chacune d’entre elles le mérite et pour le bien de l’humanité toute entière ». C’est ainsi que Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a choisi de résumer cette situation dramatique le 25 novembre dernier, à l’occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes [1].

Faits et chiffres, selon l’ONU :

▶ 1 femme sur 3 dans le monde est victime de violence physique ou sexuelle, la plupart du temps par son conjoint [2] ;
▶ Plus de 133 millions de filles ont subi une forme de mutilation génitale féminine dans les 29 pays d'Afrique et du Moyen-Orient où cette pratique est la plus courante ;
▶ Dans le monde, plus de 700 millions de femmes aujourd’hui mariées l’ont été enfant, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans.

Toutes les régions du monde sont touchées : seuls les deux tiers des pays disposent de lois contre la violence conjugale, et 52 pays – sur les 197 reconnus par l’ONU – ont explicitement criminalisé le viol conjugal. Concrètement, 2,6 milliards de femmes et de filles vivent dans des pays n’ayant pas explicitement criminalisé le viol.

Toutes les catégories socio-économiques et culturelles sont concernées

Même s'il convient d’admettre que les inégalités socio-économiques sont des facteurs aggravants, notamment le chômage, la violence faite aux femmes sévit dans toutes les catégories sociales, économiques et culturelles, en milieu urbain ou rural et ce, quel que soit le contexte éducatif ou religieux.

La perception biaisée du phénomène proviendrait en réalité de son traitement médiatique : « S’il vient d’un milieu aisé, le criminel est traité avec bienveillance par les médias. S’il est issu d’une couche défavorisée, et plus encore d’une famille immigrée, la stigmatisation est de rigueur. Pourtant, la violence touche les femmes des beaux quartiers tout autant que celles des banlieues » [3]. Le profil de l'agresseur n'est donc pas toujours celui que l'on s'imagine. « Il s'agit en majorité d'hommes bénéficiant par leur fonction professionnelle d'un certain pouvoir. On remarque une proportion très importante de cadres (67%), de professionnels de la santé (25%) et de membres de la police ou de l'armée », commente le professeur Roger Henrion, membre de l'Académie nationale de médecine et responsable d’une étude menée pour le ministère de la Santé [4].

Modes opératoires et qualifications pénales

Pour le cas de la France, la formulation véhiculée par les campagnes de sensibilisation « tuée sous les coups de son conjoint » sous-entend en premier lieu un décès accidentel. Or, au regard des statistiques, l'homicide involontaire demeure l'exception puisqu'il représente seulement 5% des cas en 2015. En effet, 74,38% des auteurs masculins ont utilisé une arme (40 homicides par arme à feu, 38 par arme blanche, 10 avec « arme par destination »), viennent ensuite la strangulation (17), et les coups (6) [5]. Aussi, la volonté voire la préméditation de tuer sa femme est mise en exergue par l'analyse des modes opératoires.

France : Homicides commis dans le cadre du couple

Source : Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, Ministère de l'Intérieur, 2015.
Qualification pénale Nombre de faits par année
2011 2012 2013 2014 2015
© Atlasocio.com
Assassinat 59 31 38 40 38
Meurtre 80 131 104 91 92
Violences volontaires ayant entraîné
la mort sans intention de la donner
7 12 4 12 6
Sous-total victimes femmes 122 148 121 118 115
Sous-total victimes hommes 24 26 25 25 21
TOTAL 146 174 146 143 136

Différences pénales entre « meurtre », « assassinat », et « violences volontaires »
▶ Assassinat : meurtre commis avec préméditation ou guet-apens (article 221-3 du code pénal).
▶ Meurtre : fait de donner volontairement la mort à autrui (article 221-1 du code pénal).
▶ Les violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner sont prévues par l’article 222-7 du code pénal.

Sur le plan juridique, la Convention interaméricaine sur la prévention, la sanction et l'élimination de la violence contre la femme – dite « Convention de Belém do Para » – est le premier instrument contraignant relatif à la violence contre les femmes. Ce texte, signé le 9 juin 1994 à Belém (Brésil), est ratifié par 32 des 34 États membres de l’Organisation des États américains entre août et décembre 1995 [6]. Depuis, dix-huit codes pénaux sud-américains (dont la Bolivie, l'Argentine, le Chili, le Costa Rica, la Colombie, Salvador, le Guatemala, le Mexique, et le Pérou) qualifient le meurtre d’une femme en raison de sa condition féminine de « féminicide ».

Ce terme, théorisé par la sociologue américaine Diana E. H. Russell [7], est employé en Europe dans le domaine des sciences humaines et sociales mais ne possède aucune réalité juridique. Certains États européens ont toutefois adopté des lois visant à lutter contre les violences faites aux femmes : l’Espagne en 2004, et l’Italie en 2013.

Une violence conjugale trop souvent justifiée

Selon l’UNICEF [8], dans plus de la moitié des pays où la violence conjugale est constatée, les femmes la justifient plus encore que leurs partenaires masculins. Ainsi, au Burundi en 2013, 73% des femmes contre 44% des hommes pensent qu’un mari est en droit de frapper son épouse si elle brûle le repas, se dispute avec lui, sort sans son autorisation, néglige les enfants ou refuse d’avoir des rapports sexuels. Il en va de même en Éthiopie où 68% des femmes trouvent ces violences légitimes contre 45% des hommes, ainsi qu’au Cambodge (46% des femmes contre 22% des hommes).

 Justification de la violence conjugale en 2013. © Atlasocio.com

▶ CONSULTER : Classement des États par justification des violences conjugales

La vie de couple incarne un idéal, dont les femmes victimes de violences conjugales sont souvent prisonnières psychiquement. Selon Marie-France Hirigoyen, docteure en médecine spécialisée en psychiatrie, le processus d’emprise se déroule en deux temps : la phase de « séduction narcissique » destinée à fasciner l’autre et à le paralyser, suivie de « procédés violents de plus en plus manifestes » [9]. La femme, empêchée de se révolter, devient obéissante et absout son agresseur en légitimant la violence qu’elle subit.

 Carte de la justification des violences conjugales dans le monde en 2013. © Atlasocio.com

Les paramètres comportementaux évoqués ci-dessus doivent impérativement être pris en compte lorsqu’il s’agit d’interpréter les statistiques relatives aux violences faites aux femmes. L’absence de données objectives quant à la situation des femmes au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman etc.) met en exergue les difficultés d’évoquer tout ce qui a trait à la notion de conjugalité. Si les statistiques de pays comme l’Afghanistan, l’Égypte, ou bien encore la Jordanie démontrent des conditions de vie souvent difficiles pour la femme, il n’en demeure pas moins que leur parution prouvent une certaine clarté voire prise de conscience. Aussi, le « silence » sur cette thématique peut laisser présager des conditions de vie plus dures encore en matière d’égalité homme/femme.

À l'inverse, il peut paraître surprenant que les femmes scandinaves semblent plus concernées que les autres européennes par les violences psychologiques ou le harcèlement [10]. Mais l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE) n’omet pas de préciser que dans ces pays, très en avance en matière d’égalité des genres, « les femmes se sentent sans doute davantage légitimes à dénoncer ce qui leur arrive ».

Femmes victimes de violences par continent [11]

 Carte des femmes déclarant avoir été victimes de violences physiques ou sexuelles au moins une fois dans leur vie. © Atlasocio.com

▶ CONSULTER : Classement des États par proportion de femmes victimes de violences

En Afrique

Femmes victimes de violences en Afrique

Sources : Domestic Violence Against Women And Girls, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; Violence Against Women, WHO, FRH/WHD/97.8 ; Women in Transition, Regional Monitoring Report, UNICEF, 1999 ; Chap.7 - Domestic Violence, Global Fund for Women (ex- International Museum of Women), 2013, p. 26-27.
Rang État % population féminine (année)
© Atlasocio.com
  Sénégal [1] 87% (2012)
  Tanzanie 60% (2012)
  Éthiopie 45% (2012)
  Kenya [2] 42% (2000)
  Ouganda 41% (2000)
  Zambie 40% (2012)
  Égypte 35% (2000)
  Zimbabwe 32% (1996)
  Nigeria 31% (2012)
  Afrique du Sud 21% (2012)
[1] Etude menée dans 2 villes.
[2] Concerne un district.

En Amérique

Femmes victimes de violences en Amérique

Sources : Domestic Violence Against Women And Girls, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; Violence Against Women, WHO, FRH/WHD/97.8 ; Women in Transition, Regional Monitoring Report, UNICEF, 1999 ; Chap.7 - Domestic Violence, Global Fund for Women (ex- International Museum of Women), 2013, p. 26-27.
Rang État % population féminine (année)
© Atlasocio.com
  Bolivie 62% (2012)
  Nicaragua 52% (2012)
  Guatemala 49% (2012)
  Porto Rico 31% (2012)
  Antigua-et-Barbuda / Barbade / Mexique 30% (2012)
  Canada 29% (2000)
  États-Unis [1] 28% (2012)
  Chili [2] 26% (2000)
  Colombie 19% (2000)
  Paraguay 10% (2012)
[1] Aux États-Unis, 22 à 35% des femmes accueillies aux urgences médicales y étaient en raison de violences domestiques.
[2] Dont au moins 11% pour un épisode de violence grave.
Note : Au Pérou, dans la capitale Lima, 56% des crimes violents sont le fait de femmes battues par leurs conjoints en 1998.

En Asie

Femmes victimes de violences en Asie

Sources : Domestic Violence Against Women And Girls, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; Violence Against Women, WHO, FRH/WHD/97.8 ; Women in Transition, Regional Monitoring Report, UNICEF, 1999 ; Chap.7 - Domestic Violence, Global Fund for Women (ex- International Museum of Women), 2013, p. 26-27.
Rang État % population féminine (année)
© Atlasocio.com
  Pakistan 80% (2012)
  Japon 59% (2012)
  Turquie [1] 58% (2012)
  Palestine 52% (2012)
  Géorgie 50% (2012)
  Bangladesh 47% (2012)
  Corée du Sud 38% (2012)
  Azerbaïdjan 37% (2012)
  Inde [2] 33% (2012)
  Israël 32% (2012)
  Tadjikistan [3] 28% (2012)
  Thaïlande 20% (2012)
  Cambodge / Philippines 16% (2012)
  Indonésie 12% (2012)
[1] Données nationales partielles.
[2] 45% en 1996.
[3] 23% en 2000.

En Europe

Femmes victimes de violences en Europe

Sources : European Union Agency for Fundamental Rights, sondage réalisé en 2012 et publié le 5 mars 2014 pour les Etats membres de l’UE ; Domestic Violence Against Women And Girls, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; Global Fund for Women, 2013.
Rang État % population féminine (année)
© Atlasocio.com
  Danemark / Lettonie 32% (2012)
  Finlande [1] 30% (2012)
  Royaume-Uni 29% (2012)
  Lituanie / Suède 28% (2012)
  France [2] 26% (2012)
  Pays-Bas / Russie [3] 25% (2012)
  Belgique [4] / Roumanie 24% (2012)
  Bulgarie / Slovaquie 23% (2012)
  Allemagne / Luxembourg 22% (2012)
  République tchèque / Hongrie 21% (2012)
  Estonie / Suisse 20% (2012)
  Grèce / Italie / Portugal [5] 19% (2012)
  Norvège 18% (2012)
  Irlande 15% (2012)
  Moldavie 14% (2012)
  Autriche / Croatie / Espagne / Pologne / Slovénie 13% (2012)
[1] 52% en 1998.
[2] D'après le Ministère de l’Intérieur, près d'un meurtre sur cinq résulte de violences conjugales, et les violences domestiques sont la première cause de mortalité des femmes âgées de 19 à 44 ans. En moyenne, une Française décède tous les 3 jours, victime de son compagnon ou ex-compagnon.
[3] En 2015, l’agence nationale russe des statistiques a recensé 49 579 affaires de violences domestiques, dont 3 899 impliquant des violences contre une femme. Selon l’association ANNA qui vient en aide aux femmes victimes de violences, 7 500 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon en 2015.
[4] 68% en 1998.
[5] 53% en 2012 selon le Global Fund for Women.

En Océanie

Femmes victimes de violences en Océanie

Sources : “Domestic Violence Against Women And Girls”, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; “Violence Against Women”, WHO, FRH/WHD/97.8 ; “Women in Transition”, Regional Monitoring Report, UNICEF, 1999 ; “Chap.7 - Domestic Violence” p. 26-27, Global Fund for Women, 2013.
Rang État % population féminine (année)
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  Papouasie-Nouvelle-Guinée 67% (2012)
  Australie 31% (2012)
  Nouvelle-Zélande 20% (2012)

Le manque de données concernant les pays d'Océanie peut s'expliquer par le fait que de nombreuses femmes de la région justifient encore les violences domestiques, d'où un certain tabou. Elles sont 76% aux Kiribati, 70% aux Tuvalu, 69% aux Îles Salomon, 61% aux Samoa, 60% au Vanuatu, 56% aux Îles Marshall, et 29% aux Tonga à estimer que leur conjoint est en droit de les frapper s’il les surprend en « faute ».

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Guilhèm Moreau Directeur de publication

Guilhèm Moreau est diplômé en sociologie de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales de Paris, et diplômé en sciences de l'Éducation de l'université Sorbonne Paris Cité. Il a été éducateur spécialisé et coordinateur socioculturel avant de fonder le site Atlasocio.com


Notes et références

  1. [1] « Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes », Nations unies, un.org/fr, consulté le 25/11/2015.
  2. [2] Pour ce qui relève des différentes formes de violence meurtrière, les données disponibles pour l’Europe démontrent qu'en 2008 « la moitié des victimes de sexe féminin ont été tuées par des membres de leur famille (35% par des conjoints ou des ex-conjoints et 17% par des proches) tandis que 5% seulement de l’ensemble des hommes tués l’avaient été par leur conjointe ou ex-conjointe et quelques 10% par d’autres membres de la famille. » (Cf. « Étude mondiale sur l'homicide », ONUDC, 2011, p.58)
  3. [3] Mona Chollet, « Machisme sans frontière (de classes) », Le Monde diplomatique, mai 2005, p. 12-13.
  4. [4] Rapport Henrion, Ministère de la Santé, février 2001.
  5. [5] “3.1.3 – Le mode opératoire”, Étude nationale sur les morts violentes au sein du couple, Ministère de l'Intérieur, 2015, p. 7, URL, consulté le 03/12/2017.
  6. [6] Convención Interamericana para Prevenir, Sancionar y Erradicar la Violencia contra la Mujer, Organización de los Estados Americanos, 14 de agosto de 1995, URL, consulté le 04/06/2018.
  7. [7] Cf. Jill Radford, Diana E. H. Russell, Femicide: The Politics of Woman Killing, Twayne Publishers Inc., 1992.
  8. [8] “State of The World's Children 2015 Country Statistical Information”, UNICEF, 2015.
  9. [9] Marie-France Hirigoyen, Femmes sous emprise. Les ressorts de la violence dans le couple, Éditions Oh!, 2005.
  10. [10] Sondage réalisé d’avril à septembre 2012 et publié le 5 mars 2014 par l’European Union Agency for Fundamental Rights auprès de 1 500 femmes dans chacun des 28 pays membres de l’Union européenne, soit 42 000 personnes au total.
  11. [11] Sources : “Domestic Violence Against Women And Girls”, Innocenti Gigest n°6, UNICEF, juin 2000 ; “Violence Against Women”, WHO, FRH/WHD/97.8 ; “Women in Transition”, Regional Monitoring Report, UNICEF, 1999 ; “Chap.7 - Domestic Violence” p. 26-27, Global Fund for Women (ex- International Museum of Women), 2013 ; European Union Agency for Fundamental Rights, 2014.